C'était dans un rêve, je crois. Une rose dépérissait. Elle était pourvue d'un millier d'épines, tranchantes, perforantes, meurtrières. Et s'était bâti tout un réseau de protection sur sa tige, de telle manière que nulle main n'aurait pu la faucher au passage, attiré par ses belles couleurs et ses sublimes fragrances. Elle s'était fait pousser ces milliers d'épines, peu à peu, progressivement, et elles grandissaient, grandissaient encore, recouvraient toute sa surface, à tel point que nul être, nul créature ne voulait plus l'approcher. Aucune abeille ne vint la butiner, aucun humain ne vint la respirer, il n'y eut pas même un jardinier pour l'arroser et la voir grandir. Elle se sentait seule, et pire encore lui arrivait, même les gouttes d'eau, impressionnées par son arsenal, évitaient de tomber près d'elle. Ainsi, elle mourut, seule, assoiffée, parce qu'elle s'était fait pousser des épines. Mais qui l'avait voulu ? Elle ? Ou son propre corps, ses propres gènes, la poussant à vouloir se protéger, au détriment de tout le reste ? Est-ce qu'une rose peut être prise pour responsable de ses propres épines ?