Et maintenant, un petit instant de cinéma, avec le film « Splice », réalisé en 2010 par Vincenzo Natali, selon un scénario de Vincenzo Natali, Antoinette Terry Bryant et Doug Taylor.

    Clive Nicoli et Elsa Kast sont un couple faisant un ménage à trois avec leur emploi. En effet, passionnés de génétique, éminent chercheurs, bourreaux de travail, ils passent leur temps dans leur laboratoire à œuvrer dans leur spécialité, la création de chimères, c'est-à-dire de créatures crées à partir de l'ADN de plusieurs espèces animales différentes. Leur nouveauté : un couple de gros vers dont le métabolisme produit des protéines médicamenteuses. Mais ils désirent aller plus loin.
    Passant outre les limites qu'impose leur société, ils décident de créer en cachette une chimère comprenant des séquences génétiques humaines, pour « voir » si cela est possible. Dépassés par la vitesse de croissance du spécimen, et poussés toujours plus loin par la curiosité, ils finissent par décider de le garder en vie. Ils se retrouvent rapidement avec une jeune femme génétiquement modifiée sur les bras.

    Ce film est cruel. Non seulement pour ses personnages, à qui il mène la vie dure, mais surtout pour ses spectateurs. Quand j'ai mis le DVD dans le lecteur, je m'attendais à une histoire de monstre violent et malfaisant, et à l'habituelle morale nous ressassant que toute création de l'homme est dangereuse et se retournera contre lui.
    Au fil de l'intrigue, c'est pourtant une variante de l'histoire du monstre de Frankenstein qui se dessine. Loin d'être maléfique, c'est à une chimère apeurée, puis rapidement apprivoisée, et finalement amicale à qui nous nous confrontons. Elle a certes ses défauts, ses moments de peur ou d’agressivité, comme n'importe quel être vivant, mais on finit par s'attacher à elle, à sa curiosité, à sa candeur, à ses joies et à ses peines. Au final, malgré quelques traits non-humains dus aux séquences génétiques non-humaines, on finit par la considérer comme l'une de notre espèce. Et c'est là que nous arrivons à la morale de cette histoire : bien qu'amenée avec quelque maladresse, elle s'intéresse plus au sort de ces potentielles chimères, aux droits qu'elles seraient en droit d'avoir, et aux limites de la définition actuelle de l'« humain » qu'à nous rabâcher de dogmatiques et obscurantistes morales.
    Cela, c'était jusqu'à la moitié du film. Ensuite, il se contentera de briser nos espérances. Sans rentrer dans les détails, nous arriverons à un exemple d'une banalité navrante d'histoire de monstre violent parce que « pas naturel », de scientifique sans scrupule ne pensant qu'aux brevets et à l'argent, ce à quoi on rajoute une pointe de sexisme anti-mâle, montré comme violent, violeur et impulsif. Ce film est cruel : il nous donne l'espoir pour mieux le briser.