Et maintenant, un petit instant de littérature avec le roman « Jakabok : Le Démon de Gutenberg » écrit en 2010 par Clive Barker.

    Dès la première page, le livre se met à vous parler. Ses premiers mots sont clairs : « Brûlez ce livre ». Tentant de vous y convaincre, de vous persuader d'y mettre le feu sans autre forme de procès, il finit par vous apprendre involontairement sa nature : votre interlocuteur n'est rien d'autre qu'un démon enfermé dans le livre que vous tenez entre les mains et répondant au nom de Jakabok Botch. Ayant commencé sans le vouloir ses confessions, il entreprend alors, pour mieux vous convaincre d'incendier sa prison, de vous raconter sa vie.
    Jakabok a passé toute son enfance dans le neuvième cercle des enfers, qui n'est rien de plus qu'un immense dépotoir, la poubelle infinie du monde d'en-dessous. Son père, le vieux Gatmuss, est un imbécile violent qui bat sa femme et ses enfants. En ce temps-là, le petit Jakabok, risée du quartier, n'avait pas un seul ami. Il passait alors sa frustration en déversant par écrit sa haine et ses désirs sadiques sur tout les supports qu'il pouvait trouver et cacher dans sa chambre.
    Mais un jour, sa mère les découvrit et, aussi furieuse qu'apeurée, lui ordonna de tout brûler. Ce fut en vain. Gatmuss rentra avant que tout ne soit réduit en cendre, et put lire un extrait faisant mention de sa personne. Jakabok s'élanca alors dans les collines de détritus entourant son quartier, poursuivi de près par son père lui tirant dessus, fuyant sa vie tout autant que sa mort.

    A n'en pas douter, le style de ce livre est particulier, personnel. Il est composé d'un unique et très long monologue, et sait se distinguer d'un simple roman à la première personne par la façon dont la biographie de Jakabok est racontée. Tout écrit d'un bloc, sans aucun chapitrage explicite, les épisodes de l'histoire sont séparés par des prises à parti du lecteur par le démon lui-même, lui parlant pour tenter de le convaincre de brûler l'ouvrage (ce qui, en vérité, finit par être répétitif et lassant). Ces épisodes ne sont pas précis, faute à une mémoire qui ne saurait être parfaite, des années d'oubli passent de temps à autre, à peine mentionnées, et des détails échappent aux souvenirs du narrateur. Le récit lui-même n'est que l'histoire d'un être sans aucun rôle dans l'Histoire, sans influence sur elle, jouet des évènements et non maître de son destin comme beaucoup de héros l'aurait été.
    Ainsi donc, le livre sait créer sa propre personnalité, mais j'ai envie de dire : à quoi bon ? Dans le fond, je n'ai trouvé aucune originalité dans cette banale histoire d'anges et de démons, vivant souvent parmi nous et à notre insu, se dévoilant parfois au grand jour, et se disputant le monde. Même le « grand secret » dévoilé en fin de livre, qui est sensé nous tenir en haleine durant toute la dernière partie, est usé jusqu'à la moelle par ce genre littéraire. La quatrième de couverture de mon exemplaire dit, je cite : « On sent à chaque ligne de cette infernale comédie […] que l'auteur s'y est avant tout fait plaisir. » Je répondrais, avec une pointe de sarcasme, qu'on y sent pas, en effet, qu'elle a été écrite pour faire plaisir au lecteur. Ceci dit, ce roman s'est malgré tout révélé assez divertissant pour que je le termine, cela n'a pas été le cas pour tout les bouquins que j'ai ouvert au cours de l'année 2012.