Aujourd'hui, un petit instant de littérature, avec le roman « La Cité de l'Ombre » (The City of Ember ») écrit en 2003 par Jeanne DuPrau.

    Craignant l'imminence d'un danger, un groupe de scientifiques et d'ingénieurs décident de créer une ville à l'abri de la menace, Ember. Les habitants devront y vivre pendant 200 ans, dans l'ignorance de l'existence d'une boîte se transmettant de main de maire en main de maire, et qui contient de précieuses instructions. La boîte devait s'ouvrir en temps voulu, pour donner ces renseignements quand ils deviendraient utiles, mais elle n'a pas été transmise comme il le fallait, et fut perdue quelque part dans la ville, sans personne pour se souvenir de son existence.
    241 ans après la construction d'Ember, Lina Mayfleet et Doon Harrow sont deux adolescents de 12 ans. La première est une jeune fille joyeuse, imaginative et sociable, tandis que le second est un jeune garçon solitaire, observateur et toujours sérieux. Contrairement aux discours habituels vantant la prospérité d'Ember, ce dernier se rend compte que le réseau électrique marche de plus en plus mal, et qu'en vérité, les réserves de conserves, de médicaments, et de tout autres biens manufacturés sont en train de s'épuiser. Tandis qu'ils sont tout deux affectés à leurs nouveaux emplois le dernier jour de leur scolarité, ils entament sans le savoir une aventure à travers la ville, découvrant des secrets et guidés par le mystère, pour sauver les habitants d'une fin inéluctable que tout le monde s'efforce de nier.

    C'est la réalisation de mes favoris qui m'a donné envie de relire ce roman pour la jeunesse que j'avais découvert il y a quelques années. Bien qu'ils soit classé dans la section « enfant » de la médiathèque de ma ville, je juge personnellement qu'il est parfaitement valable pour un adulte. Certes, le style d'écriture est simple, et l'intrigue est facile à suivre, le livre est parfaitement accessible à un adolescent de l'âge des deux protagonistes, mais quelque chose le rend intéressant, et même passionnant, et c'est, je pense, le réalisme qui se dégage de l'histoire.
    Lina et Doon sont deux enfants intelligents, mais ils restent des enfants. Les adultes sont pour certains stupides ou égoïstes, mais ils sont adultes. Il n'y a pas, dans cet ouvrage, contrairement à beaucoup d'autres oeuvres pour la jeunesse, d'interversion de la maturité entre ces deux groupes, ni, comme dans d'autres créations, d'exagération de la naïveté de l'enfance. De même, le scénario privilégie la crédibilité plutôt que de s'obliger à punir les méchants (d'ailleurs, on remarquera que personne ne s'oppose véritablement aux deux héros).
    C'est pour cette raison que j'apprécie ce livre. Bien qu'il finisse bien, je le trouve plus sincère et franc dans son déroulement et ses conclusions, dans l'action et les réactions des personnages, que beaucoup d'autres histoires parfois même considérées comme adulte. Pour cela, je lui pardonne certaines digressions sur le réalisme, notamment un gros coup de bol pour Lina et l'heureuse coïncidence de la toute dernière page, dont la plupart permettent tout de même de renforcer l'empathie du lecteur pour les protagonistes ou les habitants d'Ember en général.
    Une dernière distinction que je trouve intéressant de constater : La Cité de l'Ombre s'oppose à l'immense majorité des histoires, sur tous les supports, qui présentent une majorité écrasante de personnages masculins sur les personnages féminins. Je n'ai pas compté les protagonistes de chaque sexe, mais les femmes ont, dans ce livre, les rôles les plus importants de l'histoire (hormis, bien évidement, celui du héros Doon).
    Il existe un film basé sur ce roman, mais je le déconseille car, contrairement à la version papier, il possède plus d'éléments peu crédibles, et se sent obligé d'inclure la morale dite du « méchant toujours puni par le cours des évènements ».