Et maintenant, un petit instant de cinéma, avec le film « Dredd » réalisé en 2012 par Pete Travis, selon un scénario d'Alex Garland, basé sur le comic « Judge Dredd » de John Wagner et Carlos Ezquerra.

    Megacité 1, côte est des Etats-Unis. Une ville de 800 millions d'habitants entouré d'un désert irradié. Les gangs de criminels en sont les maîtres, se disputant chaque secteur, et les seules forces de l'ordre, à la fois policier, juges et bourreaux, les Juges, sont débordés. Depuis peu, une nouvelle drogue, appelée « Slo-Mo » car elle donne l'impression aux consommateurs que le temps ralentit, renforce un peu plus l'emprise de la criminalité sur la ville. A Peach Trees, elle assure à Ma-Ma, une baronne de la drogue, le contrôle de ce gratte-ciel colossal de 200 étages, dont la quasi-totalité est à l'état de taudis. Quand le gang de Ma-Ma prend trois dealers en train de faire affaire sur leur territoire, leur patronne décide de faire un exemple.
    Le Juge Dredd, accompagné par la novice Cassandra Anderson qu'il est chargé d'évaluer, malgré l'échec de celle-ci aux tests d'aptitudes et en raison des capacités psychiques extraordinaires de cette jeune orpheline, arrive pour enquêter sur ce triple homicide. Il remonte rapidement à un point de vente du gang de Ma-Ma, et fait prisonnier Kay, un des lieutenants de la baronne. Mais celle-ci, ne voulant pas voir le prisonnier parler, fait lancer l'état d'urgence de l'immeuble, l'isolant du monde extérieur, et déclare par haut-parleur à toute la population de Peach Trees qu'elle veut la tête des deux Juges, et que toute personne qui les aidera mourra avec toute sa famille. Le Juge Dredd et la novice Cassandra se retrouvent alors seuls, confrontés à l'un des plus puissants gangs de Megacité 1.

    Dès les premières minutes, « Dredd » se distingue de « Judge Dredd », l'adaptation de 1995 par Danny Cannon avec Sylvester Stallone. La ville présentée est un mélange de bâtiments modernes décrépits et de gigantesques tours à peine futuristes, la plupart des véhicules existent à l'heure actuelle, et la plupart des figurants ressemblent à des gens que vous pourriez croiser dans la rue. Là où l'adaptation de 1995 élabore un décor largement futuriste pour un scénario en partie humoristique et relativement pudique dans son rapport à la mort, « Dredd » est réaliste, froid, cruel et sanglant. Tout comme dans le comic, le Juge Dredd y est dépersonnalisé : on ne verra jamais son visage. Il n'est rien de plus que le parangon de la Loi des Juges, violente, sévère, inflexible et dénuée de sentiment.
    Outre cette ambiance volontairement malsaine orchestrée de concert par le jeu des acteurs, les décors, la photographie et les effets spéciaux, cela reste un film au scénario faible et classique, avec tous les défauts habituels, où les criminels ne reculent devant aucun crime, où Dredd est prêt à tout, et où Cassandra, au début peu compétente, va devoir faire ses preuves et trouver un terrain d'entente entre la rigueur imposée par la Loi et l'indulgence parfois exigée par ses émotions. Outre l'univers particulier du comic, c'est une oeuvre d'une qualité technique correcte, avec même deux ou trois scènes que j'ai trouvé recherchées, mais dont le principal intérêt reste l'action et l'adrénaline, rien de plus. S'il faut distinguer un cinéma d'art et un cinéma de divertissement, « Dredd » tombe indiscutablement dans cette deuxième catégorie, mais en y restant assez bien classé. Malgré une intrigue qui arrive à être mal fichue malgré sa simplicité, il parvient à capter l’intérêt et à être apprécié.