Ce jour-là, il faisait beau, je faisais comme Renaud. J'étais tranquille, j'étais pénard, accoudé au comptoir, le type est entré dans le bar, a gueulé bien fort : "des zombis !!!"

Du coup, tout le monde s'est retourné vers lui. Il était pâle comme un linge, les yeux exorbités, l'air paniqué. Deux trois rires fusèrent. Un gars balança à ses potes : "mais il est fou, lui." Quelques cris, dehors.
Le revenant courut vers moi, attrapa mon col :
- Des zombis, j'te dis ! Sur les yeux d'ma mère que j'les ai vu !
Il fait un pas en arrière, balance à toute la salle :
- On est tous condamné ! Tous !
- Allons allons du calme, que j'lui dis, c'est juste une farce ! Une caméra cachée ou un truc comme ça !
Je jette un oeil à la fenêtre. Il y avait des gens qui couraient, plus de bruit que d'habitude. Une pointe d'inquiétude.
- Putain, crois-moi mec, qu'il m'dit droit dans les yeux, j'les ai vu !
Et v'là qu'il me fait le signe de croix.
- Y... Y... Ils étaient...
- Du calme, du calme. Vous savez quoi ? On va aller voir. Et vous verrez qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter.
- Y... Y...
Il me regardait toujours, collé tout contre moi, comme si j'étais sa mère. Une présence rassurante, quoi. Dehors, c'était toujours le même tapage.

J'me lève, je prend le pauvre gars sous l'épaule, pour le soutenir. Deux trois gars se lèvent aussi, pour suivre le mouvement. J'vais vers la porte, en soutenant le pauvre gars, il tremblotait.
- Des zombiiis... qu'il me dit.
Je sors. Il fait chaud, il y a le Soleil, je plisse des yeux. Je regarde à droite, à gauche, et là :
- Oh putain !
Un zombi ! A pas cinq mètres de moi ! Il lui manque la moitié du crâne, son cou il gigote, à moitié coupé, il est en sang ! Pour sûr qu'c'est un zombi ! Et y en a d'autres, là bas !
J'lâche le pauv' gars, et j'détale, vite. Mais le pauv' gars l'a des ailes, il court derrière moi, "putain putain putain !" qu'il dit.
Je cours, je cours, vite. J'me dis "putain, on est mort ! Y a l'bon Dieu qu'est mort, c'est foutu !"
Je cours, je cours, je respire. Je respire. Je cours. Je... cours... Je respire. Je respire. Je... cours... Je... Je suis essoufflé.
J'me dis "putain, j'suis foutu ! Je suis mort ! Je..."
Je m'arrête, je respire, je suis essoufflé.
"Je suis mort !" que j'me dis, "j'suis foutu ! Les zombis ! Les zombis ! Les..."
Les zombis ?

Je regarde derrière moi, je ne vois personne. Pas de zombis. Je me dis "mais y avait des zombis, non ?"
Je respire un peu mieux, je me redresse, je regarde derrière moi. Je me dis "mais y avait des zombis !"
Je regarde le pauvre gars, il respire un peu mieux lui aussi. Il me regarde, je le regarde, il hausse les épaules. Il y a un autre gars avec nous, il reprend sa respiration, et il hausse les épaules.
On a fait demi-tour, du coup.

On marchait dans la rue, pas longtemps. Le Soleil cognait, il faisait chaud, mais on respirait bien. Rapidement, on entend des "eummmmm", comme des gémissements de zombi dans les films. Et bientôt, on tombe sur des zombis, tout au bout de la rue.
Quelques zombis, une douzaine tout au plus, qui avançaient dans la rue, qui avançaient lentement. Du genre il leur fallait cinq minutes pour faire toute la rue, comme ça, en marchant de travers, sur des pieds qui tiennent pas.
Avec les gars, on s'est regardé, on les a regardé : ils n'avaient plus l'air dangereux quoi. Alors on s'est rapproché.
Il puait, le zombi. Mais du genre, fort, vraiment. Il était juste là, devant moi. Pour pas qu'il me morde, je le tenais à bout de bras, d'un bras, la main sur sa gorge. Il avait pas de force le zombi, il essayait de se rapprocher, ou de mordre mon bras, mais il y arrivait pas. Je le maitrisais sans peine. Je le pousse de mes deux mains, parce qu'un autre zombi se rapproche, et v'là que l'un bouscule l'autre, et qu'ils tombent par terre.
Et là il a un gros type qui arrive avec tout l'arsenal. Le pied de biche, la batte de baseball, le marteau, tout ce qu'il a trouvé, le gars prévoyant en fait, celui qui est prêt à faire la guerre. Il était tout aussi étonné que nous, à se rendre compte qu'un zombi, hé bien, c'est pas dangereux.
On a tous pris une arme, et on les a regardé. Je me sentais fier, un peu comme un héros de film. J'allais casser du zombie. J'ai dis "z'êtes prêts les gars ?", ils m'ont répondu "ouais !", et on a attaqué. Ils n'ont pas su se défendre, patauds qu'ils étaient.

Ce jour-là, il faisait beau, il faisait chaud, il y a eu une invasion de zombis. Il faudrait faire ça plus souvent.