Un bel arbre je suis, j'ai des fruits, j'ai des feuilles,
Et pourtant on m'évite, on me fuit, qu'on m'en veuille
Pour telle ou telle erreur, ce serait préférable,
Mais je ne sais pourquoi nul pour moi n'est affable.

J'ai souvent rêvassé qu'un matin, un beau jour,
Rencontrer un oiseau gagnerait son amour,
Pourtant, posé sur moi, on s'envole à nouveau,
Quand mon fruit est croqué, on recrache aussitôt.

Isolé sur ma plage, entre l'eau et la terre,
Je dois mener ma vie, solitaire et amère,
Je suis le grand exclu, qui n'est jamais aimé,
Laissé seul sur sa dune, en son sable arrimé.

Et pourtant je le sais, des forêts, des bosquets,
Où le chant des oiseaux fêtent tous les banquets,
Existent ça et là, volubiles, joyeux,
Mais ce sont des contrées d'où j'ai dit mes adieux...

Un bel arbre je suis, j'ai la feuille et le fruit,
Je les garde pour moi, tout le jour et la nuit,
Puisque nul ne viendra, puisqu'à nul ils ne plaisent,
Je reste dans mon coin, m'étendant à mon aise.

Et peut-être qu'un jour viendra enfin cet être
Qui voyant tous mes dons, le prendra à la lettre,
Car j'espère toujours le voir,
Cet étranger qui en moi saura croire.